La Vie aquatique de Wes Anderson

La Vie aquatique de Wes Anderson
Vous trouverez ici le lien vers la critique que j'ai rédigée pour Objectifcinéma (très bon site sur le cinéma où j'exerce depuis maintenant pratiquement 3 ans :D)sur l'excellent film de Wes Anderson La Vie aquatique, où l'ombre de Buster Keaton plane, c'est dire tout le talent qu'inspire cet auteur...

La Vie aquatique

Bonne lecture pour ceux qui en auront le courage...

# Posted on Tuesday, 12 April 2005 at 5:16 AM

Million Dollar Baby de Clint Eastwood

Million Dollar Baby de Clint Eastwood
Synopsis : Rejeté depuis longtemps par sa fille, l'entraîneur Frankie Dunn s'est replié sur lui-même et vit dans un désert affectif, en évitant toute relation qui pourrait accroître sa douleur et sa culpabilité. Le jour où Maggie Fitzgerald, 31 ans, pousse la porte de son gymnase à la recherche d'un coach, elle n'amène pas seulement avec elle sa jeunesse et sa force, mais aussi une histoire jalonnée d'épreuves et une exigence, vitale et urgente : monter sur le ring, entraînée par Frankie, et enfin concrétiser le rêve d'une vie. Après avoir plusieurs fois repoussé sa demande, Frankie se laisse convaincre par l'inflexible détermination de la jeune femme. Une relation mouvementée, tour à tour stimulante et exaspérante, se noue entre eux, au fil de laquelle Maggie et l'entraîneur se découvrent une communauté d'esprit et une complicité inattendues...

Clint Eastwood. Désormais ce nom résonnera dans l'histoire du cinéma comme une référence ultime. Il est aujourd'hui le seul et digne héritier d'une tradition classique du cinéma hollywoodien, celle portée par les John Ford, Raoul Walsh et autres Howard Hawks dont la comparaison n'a absolument rien de ridicule tant ce Million Dollar Baby confirme le talent immense de Clint Eastwood. Interrogeant autant dans son précédent film, Mystic River, que dans celui-ci le rapport au passé et à la filiation, Clint Eastwood devient ce fils spirituel.

Et pourtant, loin de se comporter en fils, Clint Eastwood incarne plutôt la figure du père. Non seulement père dans le film mais aussi père par rapport à l'évolution de son cinéma dans le sens où il semble manifester une certaine sagesse. Déjà dans Mystic River, la mise en scène se faisait discrète, peu de mouvements de caméra, beaucoup de sobriété dans le traitement. Dans Million Dollar Baby, il va encore plus loin. Le dépouillement est total, la mise en scène rigoureuse, presque invisible, et la musique ne venant qu'à de très rares moments ponctuer quelques scènes. Tout le cinéma d'Eastwood a évolué dans ce sens, vers plus d'économie, vers plus de discernements, un peu comme s'il n'avait plus rien à prouver. Sorte de passage de témoin entre deux générations : celle d'Hillary Swank et celle de Clint Eastwood.

Car les preuves, c'est effectivement le personnage incarné par Hillary Swank qui va devoir les faire. Malgré ses 31 ans elle veut se faire entraîner par Frankie Dunn (interprété par Clint Eastwood) et devenir une grande championne de boxe. Il faudra d'abord le convaincre de devenir son coach, puis de montrer qu'elle a un véritable potentiel, puis qu'elle peut remporter des matchs. Long et douloureux combat pour celle qui vit difficilement, travaillant dans une petite cafétéria où elle récupère les restes de nourriture pour manger le soir, venant le soir tard au gymnase apprendre à taper dans un speed bag ou à positionner correctement ses pieds face à l'adversaire. Toute peine mérite alors récompense. On y découvre une grande boxeuse, mettant ses concurrentes au tapis dès le premier round, combat après combat, succès après succès, si bien qu'elle n'arrivera plus à trouver d'adversaires. Puis vient le moment des combats à enjeux, ceux où il y a beaucoup d'argent à la clef. Elle gagne, toujours. Elle se sert alors de cet argent pour acheter une maison à sa mère et semble promise à concourir enfin aux championnats du monde. Présenté ainsi on croit à un film banal comme on en voit souvent sur le dépassement de soi et la réussite où le happy end n'est jamais très loin. Mais Million Dollar Baby n'y ressemble en aucun points.

Faux optimisme donc. Le film baigne dans un désespoir constant malgré quelques sourires arrachés. Le tout sans jamais être complaisant dans la souffrance ou user d'effets larmoyants. On ressent un certain poids accablé les personnages. Les corps se déplacent chancelant presque, comme rongés par des événements passés, par une vie qui n'est pas tout à fait celle que l'on aurait voulu mener. Frankie Dunn s'en veut d'avoir fait jouer ce 109ème combat à son ami Scrap (incarné par Morgan Freeman), aujourd'hui gérant du gymnase, au terme duquel il perdra un ½il. Les deux vieux amis échangent peu de mots, certainement qu'ils n'en ressentent pas la nécessité, un regard peut suffire parfois. Laconiques dans leurs expressions, on sent dans leur relation une sorte de ranc½ur. Leurs discussions tournent autour de Yeats et du gaélique ou bien tout simplement de chaussettes trouées. On évite le sujet qui fâche. On en parle pas mais on le sait. Il en va de même s'agissant de la relation qui unit Frankie à sa fille qu'il n'a pas revu depuis bien des années. Le sujet est évoqué brièvement notamment avec l'évêque. Ce dernier demande si Frankie a bien tenté de contacter sa fille. Puis, un soir, revenant chez lui, Frankie découvre une lettre sur laquelle est inscrit « retour à l'envoyeur ». Une fois de plus précise la voix off. Enième lettre donc que Frankie rangera comme toutes les autres dans une boîte à chaussures. Le passé écrasait les personnages de Mystic River. Ceux de Million Dollar Baby n'y échapperont pas non plus.

Si le passé n'est pas directement retranscrit à l'écran en décidant de nous montrer des épisodes antécédents ou des personnages évoqués, mais simplement dissimulé dans des paroles à demi-avouées, le film arrive néanmoins à nous montrer le temps qui passe autant sur les individus que sur les lieux. Le « Hit Pit », gymnase appartenant à Frankie, dans sa représentation semble receler un passé lointain, les murs ont vieilli mais continuent à accueillir sueur et énergie. Dont celles de Danger, un jeune qui croit qu'il deviendra boxeur un jour alors qu'il semble être mentalement déficient. On le voit boxer dans le vide, comme s'il faisait face à un fantôme, comme pour souligner ce rapport au temps qui s'égrène et qui nous échappe. Dans ce vaste espace les personnages de Scrap et Frankie sont donc les deux vétérans. Les rides sur leurs visages sont semblables à des ruisseaux asséchés par la dure vie qu'ils ont menée. Tour à tour les discussions se succèdent entre Scrap, Frankie et Maggie. Et la splendide lumière en clair-obscur venant s'échoir sur eux, sculptant et mettant en relief les parties saillantes de leurs visages révèle l'ambiguïté de chacun d'eux. Les non-dits se lisent désormais sur le visage. Le film prend alors des allures de tragédie antique, le gymnase devenant ce funeste théâtre, où tous sont victimes du destin qui les dépasse.

Destins qui se croisent, s'enchevêtrent et se nouent. Celui de Frankie et Maggie. Dans la première scène on voit Frankie soigner une blessure lors d'un combat. La caméra s'engouffre dans la plaie en sang. A la fois symbole de la filiation et de la descendance, et synonyme de souffrance, de peine et de douleur pas encore cicatrisée. Frankie et l'histoire de sa fille apparaît. Il va alors projeter sur Maggie l'image de celle qu'il n'a plus revu depuis si longtemps. Lui l'irlandais décide de faire entrer Maggie dans son monde lui offrant une tenue d'entrée pour ses combats sur lequel est inscrit en gaélique « Mo cuishle (ma chair, mon sang) ». Puis il décide de la faire enter dans son c½ur quand elle demande : « Et si je gagne ? - Je t'épouse ».

Le film est un peu à l'image de ce dialogue. Simple et direct. Eastwood va à l'essentiel sans jamais en avoir l'air. Sa mise en scène envoûte par sa fluidité, non sans évoquer le style d'un Jack Kerouac, autre peintre de l'Amérique. Ce même Jack Kerouac écrivait dans Les Anges de la désolation : « Tristesse de la compréhension, voilà ce que signifie compassion ». Belle citation qui définit avec justesse le geste final de Frankie.

# Posted on Monday, 28 March 2005 at 5:53 AM

Edited on Friday, 01 April 2005 at 9:04 AM

The Aviator de Martin Scorsese

The Aviator de Martin Scorsese
Quoiqu'on dise du nouveau film de Martin Scorsese, une chose est sûre c'est qu'il s'agit là d'un film typiquement scorsésien. The Aviator est un grand cri d'amour au cinéma où les thèmes chers au réalisateur que sont la foi, la Passion, le châtiment et plus globalement celui de la religiosité prennent vie.

Certainement que ce qui a frappé Scorsese dans la vie de Howard Hughes est justement cet aspect de dévotion, de ferveur ravageuse. Howard Hughes était un homme d'ambition, celui qui tout jeune disait déjà qu'il voulait devenir le plus grand pilote d'avion et l'homme le plus riche du monde. Si bien que Scorsese, fondamentalement, ne s'attache pas à nous narrer le destin incroyable du magnat du pétrole mais dresse simplement le portrait sur quelques années d'un homme en proie à ses démons intérieurs, à ses appétits sans limites. Certains puristes reprocheront à Martin Scorsese l'inexactitude de quelques points historiques sur la vie Howard Hughues ou de quelques habitudes propres au personnage mais là n'est guère la volonté du réalisateur de Taxi Driver.

Pour Scorsese le principal est de s'intéresser à Howard Hughes, examiner sous toutes ses facettes une psychologie complexe, à la frontière de la folie. L'homme possédait une fortune extraordinaire que sa famille, travaillant alors dans le pétrole, lui avait léguée. Cette richesse-là lui permettait tous les excès comme par exemple décider de retourner Hell's Angels en entier en y rajoutant le son pour satisfaire au mieux la demande du public. Son entourage professionnel tentant vainement de le raisonner, rien n'y fera, ses obsessions sont si fortes que rien ne semble pouvoir l'arrêter. Il en est de même s'agissant de sa passion : l'aviation. Il fut à son époque « l'homme le plus rapide du monde » mais à quel prix, et quels risques encourus ? C'est dans la vie de tous les jours que s'accomplit la foi, non à l'église avait déclaré en substance Martin Scorsese lors d'une interview.

Howard Hughes a bel et bien mené une vie à grande vitesse mais tel Icare il s'est brûlé les ailes. Peu à peu le poids de plus en plus lourd des productions de films, des modèles d'avions qu'il crée, ou de la ligne d'aviation qu'il possède vont finir par phagocyter son être intérieur. De longs plans-séquence jalonnent le film, donnant à voir le monde, les objets, les personnes qui entoure l'homme. A certains moments même le mouvement de la caméra s'apparente à une rotation, créant une sorte de circularité. Howard Hughes y est comme séquestré, les choses lui échappent, il ne devient plus maître son destin, et perd le contrôle de soi-même.

Howard Hughes devient dès lors un individu rongé de l'intérieur, flirtant avec la schizophrénie. C'est un miroir identitaire qui peu à peu se fissure pour éclater en mille morceaux donnant naissance à une monomanie destructrice. En effet Howard Hughes était connu pour sa phobie à l'égard des microbes. Une scène dans les toilettes publiques nous le montre. On y voit Howard Hughes se laver la main avec son propre savon, se frictionnant les mains de plus en vite, jusqu'à se faire saigner. Vers la fin cette angoisse va prendre des proportions encore plus folle quand il bannira toutes les pièces de sa maison qu'il pense infecter.

Howard Hughes était un personnage agoraphobe, associable. Les flashs des photos l'aveuglent, les questions des journalistes semblent l'indisposer en répondant à côté, si bien que ce trop-plein qu'il subit va l'amener à s'isoler dans sa salle de projection, vivant reclus, ne voulant plus avoir de contacts avec l'extérieur. On comprend alors sa passion pour l'aviation, véritable alternative à la vie quotidienne. L'espace lisse et pure de l'air s'oppose directement à l'espace strié et quadrillé de la vie ordinaire (l'hétérotopie aurait dit Michel Foucault). L'image du Christ se dégage.

Ainsi on voit apparaître un peu plus clairement la filiation avec les précédents films de Scorsese. Au fond le vrai thème de The Aviator est le corps. Corps christique évidemment. Quand Howard Hughes se lave les mains jusqu'à se faire saigner, ce n'est rien d'autre que le sang du Christ, et comme lui il subira le châtiment. Il en est de même s'agissant de l'impressionnant accident d'avion qu'aura Howard Hughes, il en sortira ensanglanté. On assiste là à une auto-destruction, à une descente aux enfers terrible. Entre Bernanos et Dostoïevski.

Le corps et la peur du corps, de la chair. Il est effectivement étrange de constater que Howard Hughes fut l'un des plus grands séducteurs de son temps, qu'il eut des relations avec les plus belles femmes de l'époque (entre autres Katharine Hepburn, Ava Gardner ou encore Bette Davis) , et que l'on ne voit pourtant rien de ses relations avec les quelques partenaires évoquées dans le film. Simplement une main se poser sur l'omoplate gauche de Katharine Hepburn interprété par Cate Blanchett. La peur du corps, le rejet du corps s'incarne également dans le rapport qu'Howard Hughes entretient avec la nourriture. La viande chez les Hepburn agit sur lui à la fois comme objet de fascination et de répulsion, si bien que, sous les apostrophes nombreuses et dispersées de la famille, il quittera la table. La chair, le sang, il faut pour Howard Hughes qu'il change de corps, qu'il s'en façonne un nouveau.

Et c'est là qu'intervient le septième art, seule issue de secours, unique solution au corps détruit de Howard Hughes. Nu dans sa salle de projection il s'interpose entre le projecteur et le grand écran. Sur son corps décharné se projettent toutes les images du film, elles prennent forme, s'incarnent dans et sur lui. Le corps de Howard Hughes devient le nouveau support cinématographique, une pellicule, surface lisse par excellence. Scorsese joint bout à bout cinéma, foi, anéantissement de soi et rédemption. La vie prend à nouveau forme sur son corps devenu lui-même mouvement. On pourrait presque parler d'un « Corps sans organes », expression chère à Deleuze et Guattari. Autrement dit il s'agirait ici d'une longue procession du corps schizo accédant à une lutte intérieure active qu'il mène lui-même contre les organes, au prix de la catatonie. Quarantaine, quarantaine. Le film commence et s'achève de la même façon. Répétition de mots, de phrases, d'énoncés. Peut-être The Aviator ne serait-il qu'une longue et interminable crise de catatonie, une sorte de film malade. Un film malade certes, mais assurément un très grand film.

# Posted on Saturday, 29 January 2005 at 3:39 PM

Edited on Sunday, 30 January 2005 at 5:42 AM

Top 10 2004

Comme chaque année le bon cinéphile que je suis fait son petit palmarès de ses films favoris de l'année. Vous pourrez également trouver le lien de la critique que j'ai rédigée sur certains film - et ainsi découvrir la véritable identité civile de celui qui se cache derrière le pseudo de blop hihihihi :D

1. 2046 (Wong Kar-Wai) vous avez la même sur mon blog sinon c'est ici

2. Gerry (Gus Van Sant)

3. Kill Bill volume 2 (Quentin Tarantino) lien

4. 21 Grammes (Alejandro Gonzales Innaritu) lien

5. Coffee and Cigarettes (Jim Jarmush) lien

6. Buongiorno, notte (Marco Bellochio) lien

7. Rois et Reine (Arnaud Desplechin) lien (il s'agit de la 2ème)

8. Sang et or (Jafar Panahi) lien

9. 10ème chambre - instants d'audience (Raymond Depardon) lien

10. Ladykillers (Joel Coen) lien

# Posted on Friday, 24 December 2004 at 11:12 AM

Edited on Friday, 26 August 2005 at 4:49 AM

Et paf pastèque !!!!

Et paf pastèque !!!!
Allez une pitite counnerie pour détendre l'atmosphère !!

# Posted on Saturday, 13 November 2004 at 6:29 AM

Edited on Wednesday, 22 March 2006 at 5:00 AM