Top 10 de l'année cinématographique 2005 à mi-parcours...

Etant, pour ainsi dire, à la moitié de l'année je me permets d'établir ici-même un top des meilleurs films de l'année vus jusqu'ici. Seulement 21 films à mon actif depuis janvier, sachant que l'année dernière au même moment j'en étais au double...

1. Last Days (Gus Van Sant)

2. Million Dollar Baby (Clint Eastwood)

3. La Vie aquatique (Wes Anderson)

4. The World (Jia Zhangke)

5. Sideways (Alexander Payne)

6. The Aviator (Martin Scorsese)

7. Melinda et Melinda (Woody Allen)

8. Le Château ambulant (Hayao Miyazaki)

9. Palindromes (Todd Solondz)

10. Lemming (Dominik Moll)

En attendant maintenant le dernier semestre de l'année qui s'annonce très prometteur (notamment grâce aux films cannois) !!

# Posté le mardi 14 juin 2005 09:33

Notes sur quelques films vus récemment...

Cette fois-ci j'ai décidé de ne pas trop m'attarder sur les films dont j'allais parler du fait de leur toute relative qualité s'agissant de certains, pour ne pas dire de leur médiocrité pour d'autres (en l'occurence un...)

Commençons par le cas Sin City de Robert Rodriguez et Frank Miller. Le film était présenté en compétition officielle à Cannes cette année, et à la vision de ce dernier je dois avouer que sa sélection relève du mystère. Le film recèle néanmoins quelques qualités. D'un point de vue esthétique il n'y a pas à dire c'est très beau, le noir et blanc soigné, les quelques couleurs bien travaillées. Bref du beau travail. Mais la très grande qualité du film c'est surtout le jeu des acteurs en premier lieu Mickey Rourke dont c'est le retour. Il y joue une brute épaisse qui veut à tout prix se venger de la fille dont il était tombé amoureux. A lui seul il illumine le film, sa force, sa prestance, son corps envahissent littéralement l'écran. Benicio Del Toro vient lui aussi sortir son épingle du jeu dans un registre plus décalé, et plus comique. Hélas les qualités de départ peuvent se révéler assez nuisibles à l'ensemble de l'entreprise. Le problème avec ce souci esthétique c'est qu'il rend tout aseptisé. Le film devient trop lisse, les images sont exactement comme l'ont voulu les metteurs en scène : des vignettes de bandes dessinées. Ainsi de temps à autre on a l'impression que les acteurs prennent la pose, sous leurs meilleurs traits comme dans une séance photo. Un intérêt certes mais limité.

Pas plus tard que hier je suis allé voir Crazy Kung Fu de Stephen Chow. Son nouveau film malgré de bonnes choses n'atteint pas les performances de son précédent Shaolin Soccer. En fait ce qui cloche c'est que Chow nous refait Shaolin Soccer mais en moins drôle (ballot vous l'avouerez). Ce qu'il y a d'intéressant dans le film c'est, comme dans le précédent, l'usage des effets spéciaux. Ici ils font partie intégrante de la dramaturgie dans le sens où ils ont une fonction. En poussant ces effets spéciaux au-delà de la limite, en exagérant tout, Chow ne fait que se moquer de la production hollywoodienne. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le film emprunte les codes du western dès le départ, genre typiquement américain. Tout le reste du film n'est qu'une débauche d'effets spéciaux tous plus idiots les uns que les autres jusqu'à un dénouement dans la tradition purement...américaine bien sûr ! Le héros n'est pas celui que l'on croyait, il faut attendre les derniers instants du film pour qu'il soit révélé. Le film vaut surtout le coup pour le discours qui sous-tend toute l'histoire.

Aujourd'hui deux films visionnés. Tout d'abord Travaux de Brigitte Roüan. Alors comment dire ? C'est une daube ! Non pas jusque là mais presque quand même. Insupportable film car ne sachant jamais quel chemin choisir. Au départ on nous présente les immigrés comme des grosses feignasses qui font du mauvais travail. Puis à la fin tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Des revers psychologiques pas crédibles. Encore que ç'aurait pu l'être si le film avait joué la carte du burlesque jusqu'au bout. Mais là encore une limite dans le dispositif. Roüan ne cesse de faire reposer son film sur le même schéma narratif avec à chaque fois une surenchère. Autre problème c'est qu'à ces situations qui ne cessent de gagner en loufoquerie durant tout le film, se mêle un discours beaucoup plus sérieux sur la condition des immigrés avec un regard plus "social" disons. Enorme foutage de gueule quand on voit comment s'achève lefilm.

L'autre film vu aujourd'hui c'est The World de Jia Zhangke, film brillant, génial, et tout ce que vous voulez évoquant les amours difficiles sur fond de mondialisation. Un très grand film mais j'y reviendrai plus longuement là...(si j'ai le temps)

# Posté le jeudi 09 juin 2005 16:27

Palmarès du Festival de Cannes 2005

Palmarès du Festival de Cannes 2005
Le Festival de Cannes 2005 s'est achevé. Voici donc le palmarès de cette 58ème édition s'agissant de la compétition officielle.

Palme d'or
L'Enfant des frères Dardenne

Grand Prix
Broken Flowers de Jim Jarmush

Prix d'interprétation masculine
Tommy Lee Jones pour Les Trois enterrements de Melquiades Estrada de Tommy Lee Jones

Prix d'interprétation féminine
Hanna Laslo pour Free Zone d'Amos Gitaï

Prix de la mise en scène
Caché de Michael Haneke

Prix du scénario
Guillermo Arriaga pour Les Trois enterrements de Melquiades Estrada de Tommy Lee Jones

Prix du jury
Shangaï Dreams de Wang Xiaoshuai

Caméra d'or
Ex-aequo Moi toi et tous les autres de Miranda July et La Terre abandonnée de Vimukthi Jayasundara

Palme d'or du court-métrage
Podorozhni d'Igor Strembitskyy

Prix du jury du court-métrage
Clara de Van Sowervine

# Posté le samedi 21 mai 2005 15:17

Last Days de Gus Van Sant - Festival de Cannes

Last Days de Gus Van Sant - Festival de Cannes
Le Festival de Cannes a projeté vendredi 13 mai le nouveau long-métrage de Gus Van Sant. Le film s'impose comme une Palme d'or en puissance...

Synopsis : Blake, artiste replié sur lui-même, fléchit sous le poids de la célébrité, du succès et d'un sentiment d'isolement croissant. Réfugié dans une maison au milieu des bois, il tente d'échapper à sa vie, à son entourage et à ses obligations. Il regarde, écoute et attend la délivrance.

Last Days était annoncé comme l'évocation des derniers jours de Kurt Cobain, chanteur et guitariste du groupe de rock Nirvana. Assurément il décevra les fans qui s'attendaient à une reconstitution minutieuse et documentée du drame. Tout comme dans Elephant et Gerry, ses deux précédents long-métrages, Gus Van Sant se sert d'un fait réel pour élaborer son histoire. Dans les trois cas la réalité ne vient que conditionner une partie de la fiction, jamais il ne s'est agi de faire un documentaire. La parenté entre les trois films ne s'arrêtent pas là. Gus Van Sant l'a avoué lui-même. Ce Last Days clôt une trilogie dont le sujet principal est la mort. Elephant évoquait la tuerie de Columbine, Gerry un meurtre aussi sinistre que bizarre, et Last Days, enfin, le suicide d'une rock-star. Autre point commun : les trois films obéissent à la triple unité de temps, de lieu et d'action. Presque un « dogme ».

De cette triple unité va accoucher pourtant un désordre. Comme dans Elephant Gus Van Sant chamboule sa narration. La chronologie des événements n'est en aucun point respectée. Si dans Elephant on parvenait néanmoins à reconstituer la journée des lycéens, il est ici bien difficile de pouvoir être exact sur la succession des faits. C'est ainsi que Last Days débute sur le jeune Blake déambulant dans cette forêt, la caméra le suivant dans le même souffle qui caractérisait si bien ses deux précédents films. On y retrouve un Blake en pleine communion avec la nature, sorte de retour aux fondements de notre civilisation, régression totale d'un être qui avait connu le succès et la célébrité. On le voit se baigner dans une cascade, faire un feu de bois, puis marcher inlassablement dans cette forêt. Moment d'isolement. Une scène nous le montre marcher dans ces bois. Soudain un bruit survient, et l'on découvre un train passant à proximité. Il s'immobilise, et le regarde. On le perçoit comme totalement étranger à cette vision. Il le regarde passer sans rien dire, sans aucune réaction. Plus rien ne fait sens. Il a déjà décidé de quitter un monde qu'il ne reconnaît plus, il est en partance pour un autre.

Ceci explique donc ce montage disloqué. Qu'importe au fond que le début soit au milieu, que l'on voit par deux fois des scènes mais à chaque d'un point de vue différent, car de toute manière la mort est éternellement présente, du début à la fin. Son poids se fait sentir. Le corps même du film, par sa déconstruction évoque la décomposition de celui de Blake. Sa mort est imminente. De la même manière cette maison dans laquelle il ne cesse de circuler, de pièce en pièce rappelle aussi cette incoordination. Impossible au spectateur de savoir quelle pièce communique avec quelle autre pièce. Tout comme chez Robert Bresson l'espace dans le film est morcelé. La maison est aussi labyrinthique que le lycée d'Elephant ou le désert de Gerry. Par la suite espace et temps vont se conjuguer. Il y a cette scène où des amis accueillent deux représentants religieux au rez-de-chaussée, alors que dans le même temps Blake est à l'étage. Etrangement le temps ne semble pas s'être écoulé à l'identique. Distorsion du temps, espace fragmenté. Les unités sont en quelque sorte faites pour être brisées.

Tout concourt donc avec la fin toute proche de Blake. Son destin est scellé d'avance. L'heure du glas a sonné au sens propre comme au sens figuré. Evoquant le monde de la musique Gus Van Sant a voulu produire un travail sur le son tout à fait original et singulier. La première fois on est déconcerté. On entend des sons de cloches, de voitures, et de multiples autres choses difficilement définissables alors que dans le même temps on assiste à une scène qui n'a justement rien à voir avec ce que l'on entend. Il y a comme une sorte de désynchronisation entre ce que l'on entend et ce que l'on voit. On pense alors que les sons sont le produit de l'imagination de Blake. Gus Van Sant nous fait entendre ce que créé sur Blake l'environnement que nous voyons pouvons-nous supposer. Quoi qu'il en soit cette rupture porte le signe du malaise porté par Blake. La disjonction entre la réalité et son imaginaire. Incompatibilité avec cette vie. Encore et toujours l'image du retrait de ce monde.

Se retirer de la société. Eviter le plus possible ses proches. C'est aussi une communauté qu'il décide de quitter. Les scènes les plus déchirantes sont celles où il s'entretient avec ses amis essayant de le raisonner, de le remettre au travail, à écrire des textes, composer des musiques, etc. Les échanges sont souvent brefs. Le mutisme de Blake est proportionnel aux longs discours de ses interlocuteurs. Les moments où Blake est le plus prolixe ? Quand il est seul. Des marmonnements parviennent à s'échapper de sa bouche. Des bouts de phrases sont lâchés çà et là. Il se parle à lui-même car il est devenu étranger à lui-même. Etranger à lui-même au point de revêtir des habits de femme.

De cette décision de mettre fin à ses jours que restera-t-il de Blake ? Quelle trace laissera-t-il dans ce monde ? Sa musique bien entendu. Il y a cette fabuleuse scène au milieu du film où Blake se met à jouer de la musique. Alors que la caméra recule peu à peu, très lentement, le volume du son reste le même. La vie se retire petit à petit, seule la musique reste. C'est aussi une sorte d'accompagnement à l'oraison funèbre que symbolise la lettre de suicide qu'il rédige. Texte et musique sont dissociés. Ils se rejoindront lorsque Blake, seul dans une pièce, se mettra à jouer un morceau à la guitare en solo. La scène est longue, belle et à la fois bouleversante par l'émotion qu'elle fait naître. La chanson s'intitule « Death to Birth » annonçant cette fois-ci clairement la libération que seule la mort semble lui offrir. Libération d'un corps qui ne cesse de tomber. Corps instable dont il faut pour lui absolument se délivrer. Gus Van Sant prend la métaphore au pied de la lettre et l'on voit s'extraire de sa dépouille, son âme, son fantôme diaphane s'envolant vers les cieux. Moment de poésie au coeur du drame. Un chef d'oeuvre.

# Posté le dimanche 15 mai 2005 11:20

Modifié le samedi 21 mai 2005 12:15

Festival de Cannes 2005 : La Sélection officielle - Compétition

Festival de Cannes 2005 : La Sélection officielle - Compétition
La Sélection officielle vient de tomber. Je vous mets ici les films en compétition c'est-à-dire ceux qui vont concourir pour la récompense suprême : la Palme d'or !

Lemming De Dominik Moll. Auteur français, il était déjà venu à Cannes avec Harry un ami qui vous veut du bien. Frissons sur la Croisette...

Peindre ou faire l'amour des frères Larrieu. Peu connus et pourtant bourrés de talent, ils réalisaient il y a 2 ans Un homme, un vrai dans lequel excellait Mathieu Amalric !! Un beau film en perspective...

A History of violence de David Cronenberg. Film que j'attends avec grande impatience. Partant d'un sujet intriguant je suis certain que Cronenberg saura tirer de ce drame initial une parabole sur la société et le monde dans lequel on vit...

Where the truth lies d'Atom Egoyan. Son dernier film Ararat était déjà à Cannes mais était reparti sans rien.

Free zone d'Amos Gitaï. Réalisateur israélien, son cinéma est assez engagé. Les quelques remous sur la Croisette viendront peut-être de lui...

Three Times de Hou Hsiao Hsien. Metteur en scène de Taïwan, il fait partie de cette nouvelle vague asiatique dont on parle tant (à juste titre). Son avant-dernier film Millenium Mambo était magnifique, la mise en scène pleine de pudeur m'évoquait les premiers Chaplin, c'est dire... Je me réjouis de sa sélection !!

Les trois enterrements de Melquiades Estrada de Tommy Lee Jones. Acteur reconnu, on verra s'il est à l'aise derrière la caméra...

Bashing de Masahiro Kobayashi. Metteur en scène que je ne connais absolument pas...

Election De Johnnie To. Cinéaste de Hong Kong génial. Je l'ai découvert avec The Mission film où l'action était tirée vers une sorte d'abstraction extraordinaire... Film que j'ai hâte de voir !

Shangai dreams de Wang Xiaoshuai. Réalisateur dont j'ignore également tout si ce n'est qu'il a déjà réalisé deux long-métrages dont le remarqué Beijing Bicycle...

Don't come knockin' de Wim Wenders. Son dernier film m'avait déçu, espérons qu'il aura su rebondir et que son inspiration se rapproche de celle d'un Paris, Texas par exemple qui avait remporté la Palme en 84.

Last Days de Gus Van Sant. Attention GVS est un des meilleurs réalisateurs actuels. Elephant (palme d'or en 2003) et Gerry étaient deux films extrêmement bien faits. Celui-ci est plus qu'attendu donc !!

Broken Flowers de Jim Jarmusch. Son dernier long-métrage m'avait littéralement emballé !! A propos de ce film-ci il parait que Jarmusch n'avait toujours pas de titre il y a à peine 1 mois.

Quando sei nato non puoi piu nasconderti de Marco Tullio Giordana. Son dernier film était à Cannes dans une section parallèle et avait fait sensation. On attend la confirmation !!

L'enfant des frères Dardenne. Souvent à Cannes, la dernière fois ils en étaient repartis bredouille mais celle d'avant ils étaient repartis avec la Palme...

Sin City de Robert Rodriguez et Franck Miller. Attention grosse machine au budget et casting impressionnant. Rodriguez n'est pas un cinéaste inintéressant mais ses dernières livraisons n'étaients pas convaincantes. Qu'il revienne vers l'esprit d'un Desperado par exemple.

Caché de Michael Haneke. Auteur quelque peu sulfureux, ses deux derniers films étaient à Cannes et avaient secoué les festivaliers. Le Festival a son scandale chaque année alors peut-être encore pour Haneke ??

Manderlay de Lars von Trier. Metteur en scène danois dont je déteste le travail. Ce film-ci est la suite de Dogville que je n'avais donc pas aimé. J'irai néanmoins voir Manderlay par curiosité...

Kilométre zéro de Hiner Saalem. Réalisateur du Kurdistan il va concourir pour l'Irak (le Kurdistan n'étant pas reconnu). Il est l'auteur du remarqué Vodka Lemon lors de sa sortie...

Batalla en el cielo de Carlos Reygadas. Metteur en scène mexicain, auteur d'un premier film Japon qui m'avait plus que remué et dont l'héritage de Tarkovski ne faisait aucun doute...A surveiller donc...

Conte de Cinéma de Hong Sang-soo. Cinéaste coréen, déjà sélectionné à Cannes l'an dernier avec son beau La Femme est l'avenir de l'homme. Un cinéma à la croisée de Rohmer et d'Antonioni...Un bien joli mélange.

Voilà donc tout pour cette sélection des films en compétition. Maintenant vivement que le Festival débute !!! Et vive le cinéma !

# Posté le mardi 19 avril 2005 11:54

Modifié le vendredi 13 mai 2005 15:22