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Inside Man - l'homme de l'intérieur de Spike Lee

Inside Man - l'homme de l'intérieur de Spike Lee
Quel retour en force de Spike Lee ! Voilà bien longtemps que le metteur en scène américain ne nous avait pas régalé autant que cela. Reste que son dernier grand film n'est pas non plus si vieux que ça puisqu'il s'agit du mémorable La 25ème heure. Mais, voilà, il semble que Spike Lee ait retrouvé le talent d'un passé plus lointain. Prions maintenant pour que cela s'inscrive dans la durée.

Avec Inside Man, Spike Lee a réussi un authentique tour de force. Il est parvenu à réaliser un film à la fois divertissant et très intelligent. Ce film satisfera autant le spectateur lambda que le cinéphile pointu. Bref le film devrait (et je l'espère vraiment) avoir un bel avenir au box-office. Le nouveau long-métrage de Spike Lee s'inscrit dans la plus pure tradition des films de braquage, genre très florissant (parfois trop...) auquel on ne peut échapper quelque soit le mois de l'année. Malgré tout, le film ne s'arrête pas là. Inside Man propose également une belle réflexion sur l'Amérique d'aujourd'hui, les individus qui la peuplent, et le sentiment de justice vécus et ressentis différemment par ceux-ci. Mais tout cela ne viendra que petit à petit, Spike Lee gardant quelques cartouches en réserve. Inside Man est, en tous points, un film malin.

Le film débute par le braquage. Quatre personnes revêtues de tenues de peintre en bâtiments, avec masques et capuches, font irruption dans une banque. Très vite, aidés par des armes de gros calibres, les braqueurs neutralisent les quelques trentaines de clients présents dans la banque, et les prennent donc en otages. Un policier qui passait par là, donne l'alerte, et rapidement des renforts arrivent. L'inspecteur Frazier, incarné par Denzel Washington, est aux commandes. L'issue, quant à elle, demeure incertaine... Inside Man est donc, entre autres, un excellent film de suspense. La mise en scène est dynamique, rythmée, sans s'embourber dans un montage à la MTV. Le duel psychologique entre Frazier et Dalton Russell, le chef de bande, fait preuve de ténacité et de bonnes réparties de chaque côté. Car si la réalisation est exemplaire, le scénario est un modèle de minutie, et les dialogues souvent savoureux. Inside Man rassemble beaucoup d'individus à forte personnalité, et quand ils se côtoient, les relations semblent souvent tendues. D'ailleurs le film est une longue série de rapports de pouvoir. D'Arthur Case, le président du Conseil d'administration de la banque, on passe à Madeleine White, femme influente dans le monde des affaires, puis à l'inspecteur Frazier, puis un autre individu...Chacun a son mot à dire sur la situation, et possède des intérêts divergents quant à l'issue de la prise d'otages, ce qui n'est pas sans éveiller les soupçons du côté du spectateur. Le film avance en cheval de Troie, on ne sait pas encore tout des motifs des braqueurs, et les différents acteurs intervenant sur les lieux du braquage manifestent des velléités aussi troubles que celles des bandits. Peu à peu le film se livre, et des informations importantes parviennent au spectateur. On commence alors à douter sur ce qu'il se passe. La fin est une réussite, et on comprend alors les premières paroles du film prononcées par Dalton Russell. Tout cela était donc bien vrai...

Le vrai et le faux. Voilà un thème que le film explore. Les choses ne sont pas toujours ce que l'on croit. D'ailleurs la structure même du film en est la preuve. L'action sur les lieux du braquage est parfois entrecoupée de séquences d'interrogatoire des otages parmi lesquels se trouvent les criminels d'après les forces de l'ordre. Mais encore une fois, sont-ils bien sûrs de ce qu'ils sont en train de voir ? Il y a une forme de manipulation dans laquelle on prend un plaisir non dissimulé. De même l'exécution à laquelle on assiste n'est pas réelle apprendra-t-on après. Mais la particularité de cette scène est qu'elle nous est retransmise par une caméra de surveillance. Autrement dit le fait qu'elle nous parvienne par un média intermédiaire jusqu'à nous est synonyme pour Spike Lee de manipulation. Mais cette fois-ci c'est une manipulation purement médiatique, celle des journaux télévisés, et autres reportages. Le cinéma doit rester le vecteur essentiel et privilégié entre l'homme et le monde.

En dépit de ses aspects de pur divertissement, Inside Man se révèle peu à peu comme une belle réflexion sur le peuple américain. Avec Martin Scorsese et Woody Allen, Spike Lee est un grand amoureux de New York, ville qu'il a plusieurs fois filmé notamment dans La 25ème Heure. New York c'est aussi la ville du cosmopolitisme. Il y a cette scène assez surprenante où l'inspecteur Frazier demande si personne ne reconnaît la langue d'origine du message sonore provenant de la banque qu'il est en train de diffuser à la foule environnante. Un individu viendra confirmer que c'est de l'albanais. Peu après une femme albanaise, au demeurant très belle, viendra révéler le sens exact de ce message. En fait ce n'était rien d'autre que le message de l'ancien président albanais jadis mort. Autre forme de manipulation mais aussi et surtout retour du passé. Le film est d'ailleurs une sorte de retour du refoulé collectif. Par exemple lorsqu'un des otages sera libéré, on va croire que c'est un des braqueurs du fait de son type arabe. Les choses refont surface tôt ou tard, qu'on le veuille ou non. L'otage s'évertuera, malgré tout, à faire comprendre qu'il est n'est pas musulman mais sikh. On a évidemment tout de suite en tête les attentats du 11 septembre. Idem quand un policier raconte la première fois qu'il s'est fait braquer une arme à feu sur la poitrine. Les expressions qu'il emploie laisse à penser qu'afro-américains et hispaniques ne sont pas à son goût. Mais les blancs ne sont pas en reste non plus...et peuvent s'avérer aussi véreux que d'autres. Les derniers tiroirs du scénario sont tirés, tout nous est révélé, et le film renvoie dos à dos chaque protagoniste, évitant tout manichéisme malveillant ou morale surplombante. Les différents traumatismes de l'Histoire demeurent présents en chacun de nous...

Bonus : le super morceau du générique de fin du film

# Posté le jeudi 13 avril 2006 12:06

Modifié le dimanche 16 avril 2006 06:29

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