Pause !!

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==> Enjoy your life <==


Vidéo de Scarlett Johansson en train de se faire palper le nichon au Golden Globes...
(c'est tellement beau...)

# Posted on Friday, 27 January 2006 at 1:38 PM

Edited on Monday, 24 April 2006 at 5:06 AM

Good night, and good luck de George Clooney

Voici donc la deuxième réalisation de George Clooney, après son brillant Confessions d'un homme dangereux, forme de précipité schizophrène, qui avait révélé au grand public un talent de mise en scène incontestable. Le premier réflexe, souvent idiot, est de vouloir comparer, tentant de trouver une thématique propre à l'½uvre du cinéaste naissant. Qu'est-ce qui peut donc avoir en commun entre ces deux films ? Une description du monde de la télévision. Mais si le premier film avait de quoi donner du fil à retordre à la fiction tant l'imaginaire était un facteur surdéterminant tout le récit, celui-ci décide d'explorer une partie de l'histoire américaine d'après guerre : le maccarthysme (appelé également la chasse aux sorcières qui n'étaient autres que les communistes). Le sénateur a semé la panique et la terreur dans les foyers, présentant le communiste comme un ennemi redoutable qu'il fallait à tout prix éliminer. La délation était courante en ces temps-là, et une simple dénonciation amenait de sérieux problèmes à l'accusé même sans preuve, la présomption d'innocence étant quant à elle purement et simplement niée.

Mais devant l'excès de zèle, la négation de certains droits, les méthodes peu orthodoxes de Joseph McCarthy, des personnes vont s'élever contre cela. George Clooney s'est intéressé à une de celles-ci : Edward R. Murrow, présentateur phare du journal télévisé de l'époque sur CBS. Clooney raconte comment ce journaliste, accompagné de son producteur Fred Friendly, contribuèrent à la chute du fameux sénateur.

C'est donc un sujet sérieux, historico-politique, que nous découvrons, aux antipodes de ce à quoi nous avait habitué George Clooney. Etrange écho aux dernières déclarations de Clooney. En effet on peut voir le parallèle flagrant entre le sujet du film et les positions affichées de l'acteur-réalisateur. Quand celui-ci critique dans ce film la façon dont McCarthy opère en matière politique, il ne fait rien d'autre que de tracer un pont avec celle actuelle de son président, monsieur Bush. Clooney est donc engagé, et son film l'est tout autant. Il faut néanmoins prendre garde face à l'aveuglement et aux autres dérives idéologiques de certains metteurs en scène...ce que Clooney parvient parfaitement à contourner. Peut-être cela tient-il au fait que son père travaillait dans la télévision, qu'il a ainsi pu prêter attention au métier de journaliste, les travers, les questions relatives à l'objectivité et, plus globalement, à la maîtrise de l'objet télévisuel. Si la télévision est une arme et qu'elle est souvent braquée sur nous, Clooney, ici, retourne la formulation pour en faire une redoutable arme contre les abus de pouvoir.

De la télévision, Clooney va nous en faire un petit panel, nous la montrer, son fonctionnement, les équipes de journalistes travaillant d'arrache-pied pour boucler à temps le boulot réclamé. Bref il nous présente un microcosme aux aguets du monde, de ce qu'il se passe à l'extérieur. Mais pas d'excitation. Au contraire, le film est d'une rigueur et d'un calme olympien. Tout est parfaitement soigné. La photo en noir et blanc ajoute à la fois une forme de sérénité et un souci d'exactitude au long-métrage. A l'instar du journaliste, Clooney fait de son film un véritable objet de précision, de rectitude. Pas de propagande donc, simplement des faits exposés de la manière la plus neutre qui soit. On sent que Clooney et son scénariste Grant Heslov se sont énormément documentés sur le sujet, autant au niveau des archives (qui sont explicitement utilisées dans le film) que sur le reste. Good night, and good luck deviendrait presque un authentique document d'historien, une archive que l'on aurait ressortie, ou encore un témoignage vivant et vivace de notre passé.

Le film est incontestablement une réussite sur le plan formel, fonctionnant comme un système, obéissant à une mécanique bien huilée. La durée, relativement courte (1h33), permet de resserrer au maximum le récit. Impression de consistance qui, par des effets de transferts, donne du poids au texte, aux discours. En cela le flux machinique élaboré par Clooney force le respect, voire l'admiration. Seulement le problème qui en découle est d'ordre hermétique. Le film fonctionne sur lui-même, et au lieu d'exhorter une forme d'excitation ou de palpitation, il la renferme. Good night, and good luck est un film centripète. Forclos dans son système, le film ne peut délivrer une quelconque satisfaction, absorbé par des mécanismes de narration, fort efficace quant à la neutralité des propos mais limitant grandement son appréciation. Comme si Clooney avait peur de tomber dans le militantisme bas de gamme, et de sacrifier son film sur l'autel de l'idéologie malpropre.

Quoi qu'il en soit ce deuxième long-métrage montre l'étendu du savoir-faire de George Clooney quant à la mise en scène. Notons également qu'il est un excellent directeur d'acteur (la proximité de la formation aidant). Dans son premier film, Sam Rockwell brillait par son animalité, son aptitude à se mouvoir dans les personnages tel un caméléon. Dans Good night, and good luck, Damien Strathairn, compose un personnage à la rigueur morale tranchante. Bien apprêté, cigarette à la main, discours ciselé, l'air distingué, il fait dans le minimalisme. Fond et forme ne font qu'un. Son interprétation apporte beaucoup au film, qui, malgré quelques insatisfactions, vaut le coup d'être vu.

# Posted on Saturday, 07 January 2006 at 12:42 PM

Edited on Sunday, 15 January 2006 at 1:09 PM

Top de l'année 2005

Top de l'année 2005
L'année cinématographique 2005 étant achevée voici donc mon top 11 (oui 11 parce que comme ça, ça change des top 10...avec en prime une belle petite photo juste pour le plaisir des yeux...) :

1. Last Days (Gus Van Sant)

2. Million Dollar Baby (Clint Eastwood)

3. Match Point (Woody Allen)

4. La Vie aquatique (Wes Anderson)

5. The World (Jia Zhang-ke)

6. The Aviator (Martin Scorsese)

7. Caché (Michael Haneke)

8. Sideways (Alexander Payne)

9. La Guerre des mondes (Steven Spielberg)

10. A History of Violence (David Cronenberg)

11. King Kong (Peter Jackson)

# Posted on Friday, 06 January 2006 at 5:25 PM

Edited on Friday, 06 January 2006 at 5:49 PM

Match Point de Woody Allen

Match Point de Woody Allen
Un vieux texte qui périmait dans les recoins de mon disque dur...

Synopsis : Jeune prof de tennis issu d'un milieu modeste, Chris Wilton se fait embaucher dans un club huppé des beaux quartiers de Londres. Il ne tarde pas à sympathiser avec Tom Hewett, un jeune homme de la haute société avec qui il partage sa passion pour l'opéra. Très vite, Chris fréquente régulièrement les Hewett et séduit Chloé, la s½ur de Tom. Alors qu'il s'apprête à l'épouser, et qu'il voit sa situation sociale se métamorphoser, il fait la connaissance de la ravissante fiancée de Tom, Nola Rice, une jeune américaine venue tenter sa chance comme comédienne en Angleterre...

Depuis quelques temps maintenant voilà que Woody Allen vient présenter ses films (Hollywood Ending et ce Match Point donc) à Cannes. A son âge, et sa filmographie étant reconnue à travers le monde, on ne lui ferait pas l'affront de lui proposer d'aller mettre son film en compétition. Woody Allen n'a plus rien à prouver, il fait partie de ce qu'on appelle les maîtres. Malgré tout avec son nouveau film il aurait tendance à nous prouver le contraire, car à bien des égards ce Match Point marque une sorte de renouvellement dans l'½uvre du cinéaste new-yorkais.

Ce qui frappe d'emblée c'est bien entendu le cadre choisi par Woody Allen. On sait l'amour que porte le metteur en scène à sa ville natale New York, la grande partie de ses films y ont été tournés, si bien qu'il donnera même le nom d'un quartier de la ville à un de ses films (Manhattan). Pour Match Point Allen a donc décidé de s'expatrier outre-atlantique, en Angleterre, dans la ville de Londres. Mais de la capitale anglaise nous ne verrons que peu de choses. Ce qui a attiré Allen dans la ville vient certainement de ce qu'elle véhicule comme imaginaire sur le romantisme, le raffinement et la culture britannique. Mais aussi et surtout l'accent distingué des anglais duquel ressort une forme de musicalité tout à fait singulière.

Musicalité d'autant plus appropriée puisque Match Point évoque le monde de l'opéra. D'ailleurs la structure du film rappelle en certains points celle d'un opéra divisé en 3 actes, avec la présentation, la constitution du problème, et son dénouement, le tout scandé par des chants tour à tour entraînants et mélancoliques. Film charmeur, Match Point débute sur un plan où l'on voit passer une balle de tennis au dessus d'un filet, l'échange dure 3 ou 4 coups jusqu'à ce que la balle heurte la bande du filet et s'élève sous l'effet du choc juste au-dessus de celui-ci. L'image se fige sans que l'on sache dans quel camp la balle va retomber. L'action s'est déroulé au ralenti, rythme qui semble prendre les commandes de l'écoulement du récit. Comme dans un opéra, tout commence dans le calme pour peu à peu s'accélérer avant de s'achever sur un final des plus grands.

L'art de la séduction autant dans l'exposition du récit que dans le corps même du film sont présents. Dans le film la séduction vient de Chris lorsqu'il rencontre Nola pour la première fois, l'échange est bref mais percutant, chacun jouant avec l'autre. On retrouve là la qualité des dialogues de Woody Allen. Celle-ci trouvera son acmé dans une brillante scène de drague entre Chris et Nola dans un petit café, alors que la jeune femme commence à devenir saoule mais reste suffisamment lucide pour constater le stratagème élaboré par Chris afin de la conquérir. Entre volutes de fumées, alcool et la lumière extérieure qui vient créer une sorte de contre-jour donne à la scène une dimension sensuelle particulière. Sensualité des corps. Ceux de Chris et Nola, qui semblent irrémédiablement attirés l'un par l'autre. Leurs lèvres à eux deux si bien dessinées qu'elles semblent être faites pour s'unir.

Mais les unions dans Match Point se révèlent être difficiles à concrétiser. Alors que Chris et Chloé se sont mariés, on apprend que Tom et Nola se sont séparés. Chris semble être pris au piège maintenant qu'il s'est engagé avec la s½ur de Tom. Ce que montre Allen c'est aussi les convenances d'un monde bourgeois auxquelles doit se plier Chris. Notre prof de tennis n'est pas issu du même milieu et sa confrontation à ce nouveau monde l'oblige à avoir certains goûts, certaines manières de faire, de vivre. On le voit à l'opéra, un peu distant, pas vraiment intéressé par ce qui se passe sur la scène, mais plus par Chloé se situant juste devant lui. De la même manière quand ils se retrouvent entre couples au restaurant, Chris prend un poulet rôti tandis que les autres choisissent du caviar. Peu à peu Chris se prend au jeu, et il va se voir proposer un poste à responsabilité grâce à son beau-père. Ascension sociale, goût pour le luxe et la commodité, Chris se sent de plus en plus dans son élement au sein de cette famille mais n'a, du reste, pourtant d'yeux que pour Nola.

Ainsi c'est le désir qui se retrouve au centre. Pour Chris il faut faire le choix entre le confort d'une vie sans réelle amour avec Chloé ou bien une passion démesurée et destructrice avec Nola. Il suffit de voir leurs ébats, physiques, où les vêtements sont déchirés, magnifique expression de leur désir mutuel si fort que rien ne pourrait les arrêter. Mais Woody Allen est retors car de morale à son film il n'y en aura pas, la faiblesse d'esprit, le manque de courage, la lâcheté étant les valeurs triomphantes. Sous l'apparence simple et calme que pouvait susciter la narration, se cachait en fait une violence, sourde, celle façonnée par l'hypocrisie et les basses intentions. L'amour, le vrai, est en dépérissement. Woody Allen signe là un film d'un cynisme et d'une noirceur redoutables, mais aussi et surtout l'un de ses meilleurs.

# Posted on Thursday, 22 December 2005 at 2:56 PM

Edited on Tuesday, 27 December 2005 at 9:42 AM

King Kong de Peter Jackson

King Kong de Peter Jackson
Comme souvent, les fins d'années sont marquées par l'apparition sur nos écrans de blockbusters hivernaux, prêts à engranger un bon gros pactole pendant les vacances. Ainsi cette année sort les nouvelles aventures de Harry Potter ainsi que la nouvelle livraison de Peter Jackson, réalisateur consacré par sa trilogie du Seigneur des anneaux (que je ne tiens par pour exceptionnelle loin de là...), à savoir King Kong. Encore une fois donc, c'était une entreprise de grande ampleur qui attendait le metteur en scène néo-zélandais. S'attaquer à un remake d'un classique du septième art n'est pas chose aisée ! Mais Peter Jackson est parvenu à pondre un film hors norme, un film qui satisfera autant le cinéphile pointu que le cinéphage inculte. Une part du talent de Jackson vient de là, de cette faculté à se plier à de nombreuses exigences autant commerciale qu'artistique, un peu à la manière d'un Tarantino ou d'un Soderbergh.

L'histoire vous la connaissez tous plus ou moins. L'action se situe à New York, en 1933. Ann Darrow est une artiste de music-hall dont la carrière a été brisée net par la Dépression. Se retrouvant sans emploi ni ressources, la jeune femme rencontre l'audacieux explorateur-réalisateur Carl Denham et se laisse entraîner par lui dans la plus périlleuse des aventures... Ce dernier a dérobé à ses producteurs le négatif de son film inachevé. Il n'a que quelques heures pour trouver une nouvelle star et l'embarquer pour Singapour avec son scénariste, Jack Driscoll, et une équipe réduite. Objectif avoué : achever sous ces cieux lointains son génial film d'action. Mais Denham nourrit en secret une autre ambition, bien plus folle : être le premier homme à explorer la mystérieuse "Skull Island" et à en ramener des images. Sur cette île de légende, Denham sait que quelque chose l'attend, qui changera à jamais le cours de sa vie...

Alors, bien entendu, pour beaucoup il est difficile de ne pas aborder la question de la comparaison entre l'original et l'actuel. S'il y a bien rupture entre les deux, il y a néanmoins une filiation ou du moins quelques éléments en forme de clin d'½il à l'original. En effet on peut constater chez Peter Jackson une certaine tendance à dissimuler, à intégrer des scènes dont on se dit qu'elles auraient pu être filmées à l'époque du premier King Kong tant elles semblent en elles-mêmes dégager quelque chose de profondément artisanal. En témoigne ces plans où l'on voit Ann Barrow faisant face au monstre poilu, avec un arrière plan à l'apparence factice, un peu kitsch, mais fondamentalement plaisant. On retrouve ce penchant de Jackson dès ses tous premiers films. Evidemment ce manifeste artisanal est mineur face au gigantisme de la modernité et ses apparats. Les effets spéciaux sont d'une certaine manière le principal acteur du film. Mais à la différence du Seigneur des anneaux où il fallait gratter derrière la crasse numérique pour trouver un semblant de cinéma, ici tout est savamment dosé et restitué par une mise en scène bien plus décontractée. Autant dire même que ce voyage effectué, ce retour à une forme de nature ancestral, à une civilisation antérieure, vers plus de primitivité, exige une certaine parcimonie de la part de Peter Jackson.

Ceci dit il ne faut pas s'en faire, l'action est bien là au rendez-vous. Si l'exposition du récit peut durer longtemps pour certains, celle-ci va faire suite à pratiquement 1h entière d'action avec de très légères pauses entre les scènes. Mais c'est bien dans cet art de la rupture et de la continuité que le film fait aussi sa force. Dans ce va-et-vient s'exprime l'immense entreprise de tentacularisation (excusez la profusion de néologisme depuis le début mais ce film y pousse, un peu à l'image de son contenu...) du film. Il y a dans le film un traitement quasi-totalisant, explorer les moindres interstices du récit, suivre l'action par n'importe quels moyens, étirer ou raccourcir les temporalités. Bref Peter Jackson fait de King Kong une sorte de matière filmique, malléable a l'infini, qu'il retournerait presque sens dessus-dessous comme s'il était à la recherche d'une vérité cinématographique. L'a-t-il trouvée ?? Ca c'est une autre question qui mérite d'être posée. A savoir si j'en connais la réponse c'est autre chose. Mais ce dont on peut être sûr c'est que la volonté est manifeste, et qu'il faudrait certainement se tourner vers ce que Michael Powell avait en quelque sorte théorisé, à savoir "un idéal de cinéma pur" que très peu ont réussi à approcher (vous voulez des noms ? Akira Kurosawa ou encore Walt Disney à ses débuts...eh oui). Cet idéal s'exprimerait avant tout dans les scènes entre le gorille et Ann, ses longues et belles scènes où ils se regardent et parviennent à se comprendre, ses scènes où la parole n'a plus sa place, où c'est le corps, seul, qui devient médiateur. Ce corps dont sait user Ann, actrice, authentique mime tel qu'on nous la présente au début. On se croirait presque revenus à l'âge du muet. D'ailleurs une bonne partie de l'incipit se fera sans parole, uniquement rythmé par la bande-son du film.

Brassage des époques donc. Mais le désir de Peter Jackson va un peu plus loin car il s'agit également de brassage des genres. Film d'action, d'aventure, bien entendu mais aussi film historique nous décrivant une époque en pleine crise, sortant de la Dépression, fuyant la monotonie du monde dans les théâtres, les cabarets, les cinémas. Ainsi Denham incarne à la perfection le personnage vendeur de rêves, de pays exotiques, voulant aller découvrir de nouvelles contrées, de nouveaux horizons encore inconnus pour le peuple américain. A cet égard le film entretien d'étroits rapports avec le genre du western. Le western est un genre typiquement américain dans le sens où celui-ci érigeait en héros la figure du grand aventurier allant toujours plus vers l'ouest afin de conquérir les espaces encore inconnus. Repousser les frontières, aller toujours plus loin, relever des défis de plus en plus fous. La conquête de l'espace est bel et bien un des sujets de King Kong. Ainsi comme l'avait plus ou moins fait John Ford dans son chef d'½uvre Les Cheyennes, Peter Jackson évoque le modèle dominant des colons. Car si dans les westerns on opposait indiens et cow-boys, la problématique reste la même dans King Kong entre nos explorateurs du nouveau continent et les indigènes, et autres bestioles. Peter Jackson fait preuve d'un sacré culot puisque le discours est très critique à l'égard de son pays. Il y décrit des hommes d'une vénalité sans borne, prêts à tout pour réussir dans la vie, à piller et instrumentaliser des cultures lointaines... Ainsi le gorille va être capturé afin d'être ramené aux Etats-Unis et être par la suite exposé au grand public telle une vulgaire marchandise. Vous allez sembler que je me répète mais là encore on peut voir une des nombreuses conséquences du capitalisme (et pas des moindres) : on assiste à une marchandisation accrue du vivant dans le cadre de ce que Michel Foucault avait modélisé par le concept de "biopolitique". Quelle virulente critique que Jackson adresse au système dont lui-même fait partie ! A croire qu'il faille en faire partie pour ne pas avoir son propre discours phagocyté par le système lui-même. Autre genre abordé c'est l'histoire d'amour. Il y a celle naissante entre Ann et Jack, puis, la plus intéressante, celle entre le gorille et Ann. Celle-ci serait plutôt un amour platonique. La relation entre Ann et l'animal est d'une grande complicité. Il y a un véritable courant qui passe entre les deux, une osmose, une compréhension parfaite les unit. Par moments, l'émotion naît et il est d'autant plus fort d'y croire que l'on sait pertinemment qu'il ne peut rien se passer. Mais la véritable prouesse quasi-philosophique de Jackson c'est de nourrir par un semblant d'authenticité ce qui relève de l'artifice. Si on prête attention au premier plan du film, on voit un petit singe, la caméra essayant de capter les mouvements de son corps sur la branche. L'approche de la mise en scène relève du documentaire. Du plan ressort une sorte de neutralité axiologique wéberienne (de Max Weber). L'émotion n'est donc pas de mise alors qu'est filmé un authentique singe. L'émotion, la vraie, naîtra de celle du gigantesque singe, du plus grand effet spécial du film, de l'entité virtuelle vidée de toute élan vital, de toute incarnation intrinsèque, de volonté de puissance nietzschéenne, de Conatus spinoziste...

C'est donc un des paris fous qu'a réussi à réaliser Peter Jackson. Doter le virtuel d'un actuel pour parler en terme deleuzien. Car au fond ce qu'est parvenu à faire Jackson c'est une théorie de l'actuel et du virtuel. Comme l'a montré Leibniz, la force est un virtuel en cours d'actualisation. Le plan se divise en une multiplicité de plans. Mais tous les plans ne font qu'un, suivant la voie qui mène au virtuel. L'actuel est le complément ou le produit, l'objet de l'actualisation mais celle-ci n'a pour sujet que le virtuel. Elle appartient au virtuel. Réside ici une des nombreuses forces de King Kong, à la fois film hybride et limpide, installant (à mes yeux) Peter Jackson comme un grand metteur en scène.

# Posted on Monday, 19 December 2005 at 5:51 PM

Edited on Tuesday, 27 December 2005 at 9:31 AM